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Cette semaine sur les marchés – La crédibilité de la Réserve fédérale américaine face à une hausse des taux de 100 points de base

Les inquiétudes liées à une récession aux États-Unis sont grandissantes, mais l’inflation qui reste élevée souligne le large consensus parmi les responsables politiques américains en faveur d’un nouveau resserrement de la politique monétaire, qui soutiennent quasi unanimement une hausse des taux de 75 points de base ce mois-ci. Il est question d’une hausse encore plus importante, de 100 points de base, lors de la prochaine réunion.   

Une telle option rappellerait celle de la Banque du Canada (BoC) qui a rehaussé ses taux d’un point de pourcentage mercredi (13 juillet), devenant ainsi la banque centrale la plus agressive à ce jour. Le resserrement de sa politique monétaire correspond au record d’inflation depuis 40 ans enregistré aux États-Unis, l’IPC atteignant 9,1 % en glissement annuel et l’euro ayant atteint la parité avec le dollar américain, une première depuis 20 ans.

Les partisans d’un resserrement monétaire remontés à bloc

La hausse rapide des prix, la détérioration des revenus réels et le resserrement des conditions financières font planer la menace d’une récession sur l’économie américaine. Toutefois, il manque toujours l’élément essentiel pour parler de récession : un recul généralisé de l’emploi.

En effet, l’économie américaine a créé 372 000 emplois hors secteur agricole au mois de juin, bien plus que les 100 000 emplois que les analystes prévoyaient. Le taux de chômage s’est maintenu à 3,6 %, et les revenus moyens du travail ont augmenté de 5,0 % en glissement annuel, un taux qui reste élevé.

Avant même la publication du rapport sur l’inflation, de nombreux responsables de la politique de la Réserve fédérale avaient estimé, lors de la réunion du FOMC en juin, qu’il existait désormais un risque important pour la Fed de voir l’inflation élevée s’installer durablement. Des doutes pourraient commencer à s’installer quant à la détermination de la Fed à resserrer suffisamment sa politique pour maintenir la stabilité des prix. C’est effectivement l’argument avancé par la BoC pour justifier une hausse des taux de 100 points de base.

Le changement le plus notable dans la position du FOMC a été de reconnaître progressivement qu’il pourrait devenir nécessaire de sacrifier la croissance pour rétablir la stabilité des prix. Lors de la réunion, les participants ont estimé qu’il était crucial de revenir à un niveau de 2 % d’inflation sous-jacente pour atteindre le plein emploi de manière durable. Les échanges autour de la « détermination » et de la « crédibilité » ont donc été musclés.

Par rapport au compte-rendu de la réunion du FOMC du mois de mai, le comité a affiché une plus forte conviction à l’égard de la nécessité de restreindre la politique monétaire.

Les données sur l’inflation les plus récentes ont poussé le marché à penser que le FOMC pourrait rehausser les taux de 100 points de base lors de sa prochaine réunion, auquel cas le dollar pourrait encore s’apprécier, les rendements pourraient augmenter et la correction des actions pourrait s’accentuer davantage.

Les temps ont changé

Historiquement, la Fed a souvent répondu à une chute des cours en mettant en œuvre une politique accommodante.

Ce fut le cas par exemple lors du krach boursier de 1987, du ralentissement de l’économie en 1995, de la crise financière asiatique de 1998, de la crise de la dette dans la zone euro en 2010, de la chute des prix du pétrole en 2014 et lors de la débâcle des marchés financiers en 2018. Ces événements ont à chaque fois entraîné soit une interruption du resserrement monétaire soit un revirement en faveur d’un assouplissement de la politique.

Cette réponse prévisible de la Fed en matière de politique a été surnommée le « put de la Fed » par le marché. Le repli de plus de 20 % de l’indice S&P 500 depuis le début de l’année et les inquiétudes grandissantes quant à la récession feront-ils réagir la Fed ?

Les mesures de la Fed – Toujours les mêmes 

Nous ne sommes pas de cet avis. Les déclarations et les actions récentes indiquent que la politique est résolument orientée vers la lutte contre l’inflation, même si cela doit se faire aux dépens de la croissance économique. En effet, il est souvent nécessaire de passer par une période de récession pour freiner l’inflation. Dans les années 1970, par exemple, l’inflation durablement élevée a poussé la Fed à continuer de relever ses taux, malgré l’effondrement des actions.

Du point de vue de la Fed, une fois le génie de l’inflation sorti de sa lampe, la bataille pour l’y renvoyer est longue et douloureuse. Le problème aujourd’hui est évident : les mesures de l’inflation, notamment l’ICP et l’indice des dépenses de consommation personnelle (personal consumption expenditure ou PCE), celui que la Fed préfère, montent en flèche (Graphique 1) dans un contexte de hausse des salaires et de tensions sur le marché du travail.

Par conséquent, un recul de l’IPC global engendré par la récente chute des prix du pétrole pourrait ne pas suffire à rassurer la Fed. La hausse de l’inflation aux États-Unis est généralisée. La Fed devrait placer la barre haut avant de renouer avec une politique accommodante et elle préférera vraisemblablement maintenir une politique monétaire rigoureuse jusqu’à ce que l’inflation (sous-jacente) soit jugulée.

Les risques en Europe

L’Europe est confrontée à des défis semblables à ceux des États-Unis, la BCE se voyant contrainte de ralentir l’économie afin de juguler l’inflation sous-jacente, quoique dans une mesure différente qu’aux États-Unis. L’inquiétude principale concerne la possibilité que les approvisionnements en gaz russes soient coupés. Cette éventualité plongerait l’Europe dans une profonde récession.

En outre, l’économie de la zone euro est préoccupée par le ralentissement des exportations lié à la dégradation des perspectives de croissance mondiale, tandis que la forte hausse des prix de l’énergie entraîne déjà une réduction des revenus disponibles, ce qui ébranle la confiance des consommateurs, et une hausse des coûts des activités commerciales, notamment dans les segments gourmands en énergie du secteur manufacturier européen.

Ces difficultés pourraient avoir raison de l’impulsion qu’a connue l’activité économique grâce à la réouverture de l’économie après la pandémie de Covid (par ex., dans le secteur du tourisme) et aux mesures de relance budgétaire du programme européen Next Generation. 

Vraisemblablement, l’inflation en Europe ne disparaîtra pas de si tôt, empêchant la BCE d’abaisser ses taux comme le marché semble s’y attendre pour le début de l’année prochaine. Les mesures de la BCE devraient toutefois rester moins agressives que celles de la Fed. Cela signifie que l’euro pourrait passer sous la barre de la parité avec le dollar à court terme.    

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