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Cette semaine sur les marchés - Volatilité financière ? Quoi de vraiment neuf ?

La volatilité a fortement augmenté et les actions mondiales sont retombées à leur plus bas niveau de 2022, tandis que la remontée des rendements obligataires se poursuit en raison du durcissement de ton et des relèvements de taux des banques centrales, notamment de la Réserve fédérale américaine. Les décisions des autorités britanniques ont également eu un impact sur les marchés, en raison des inquiétudes accrues à l’égard de la viabilité de la dette et de l’inflation. Même la Chine est intervenue sur le marché des changes.   

En début de semaine, les mauvaises nouvelles économiques sont devenues de bonnes nouvelles pour les marchés, après les mauvais résultats d’une enquête ISM dans le secteur manufacturier américain, qui a fait naître l’espoir d’un changement de cap de la Réserve fédérale en matière de resserrement monétaire. L’indice S&P 500 a gagné 5,7 % en seulement deux séances, alors que les actions américaines avaient chuté de plus de 9 % en septembre.

Cependant, il est impossible de ne pas tenir compte du durcissement de ton récent de la Fed et de la Banque centrale européenne (BCE).

Depuis que le Comité de politique monétaire (FOMC) a procédé à une troisième hausse de 75 pb des taux d’intérêt lors de sa réunion de septembre, les gouverneurs n’ont cessé de réaffirmer la nécessité de relever les taux d’intérêt pour juguler l’inflation.

Le président de la Fed, Jerome Powell, a prévenu que la hausse du chômage pourrait être le prix à payer pour faire baisser l’inflation. Les dernières données de l’indice sous-jacent des dépenses de consommation personnelle (PCE) sont venues justifier le bien-fondé de la stratégie anti-inflationniste radicale de la Fed. Cet indice, qui exclut les composantes volatiles de l’alimentation et de l’énergie, est l’indicateur d’inflation préféré de la Fed. Il a augmenté de 4,9 % en glissement annuel en août, après une hausse de 4,7 % en août. L’objectif de taux de la Fed est de 2 %.

Notre équipe de recherche est convaincue que la Fed est prête à faire tomber les États-Unis en récession pour vaincre l’inflation. La probabilité élevée d’un tel scénario est inquiétante. Le rendement des bons du Trésor américain à 2 ans se consolide autour de 4,2 %, tandis que celui à 10 ans est retombé à 3,8 % après avoir atteint 4 % la semaine dernière (la courbe des taux est donc inversée, ce qui laisse généralement présager une récession). Le marché actions a fortement souffert de la hausse des rendements obligataires (cf. Graphique 1).

La BCE annonce de nouvelles hausses de taux

La BCE a elle aussi musclé son discours face à l’augmentation ininterrompue de l’inflation en zone euro : L’inflation globale de septembre a atteint un niveau record de 10 % en glissement annuel et l’inflation sous-jacente est ressortie à 4,8 % en glissement annuel (cf. Graphique 2).

La victoire récente de la coalition de droite aux élections législatives en Italie a renforcé les inquiétudes des investisseurs concernant l’incertitude politique dans le pays et ses conséquences pour la zone euro, sans oublier son impact sur la hausse des rendements obligataires.

Après avoir relevé ses taux directeurs de 75 pb en septembre, la BCE a indiqué qu’elle poursuivrait sur cette voie lors de ses prochaines réunions afin de freiner l’inflation. Lors de sa conférence de presse, la présidente Christine Lagarde a laissé entendre que le taux terminal pourrait dépasser 2 % d’ici décembre 2022 ou février 2023.

En Europe, la flambée des prix de l’énergie entraîne simultanément une envolée de l’inflation et une baisse de la demande réelle, ce qui accroît le risque de stagflation. Bien que des mesures aient été mises en place dans toute l’Europe pour amortir le choc des prix de l’énergie, le problème de l’inflation est devenu bien trop grave, ce qui a contraint la BCE à intervenir malgré le risque d’une récession. La semaine dernière déjà, les responsables de la politique monétaire avaient plaidé en faveur d’une augmentation « accélérée » des taux, avec un relèvement de 75 pb dans le courant du mois.

Les perspectives du Royaume-Uni restent préoccupantes

L’intervention de la Banque d’Angleterre et la volte-face du gouvernement concernant sa proposition de supprimer la tranche d’imposition de 45 % pour les plus aisés ont permis de stabiliser les marchés financiers britanniques. Les perspectives du pays n’en restent pas moins incertaines pour les investisseurs.

Les économies estimées à 2 milliards de livres sterling (sur un total de 45 milliards de livres sterling) résultant de la volte-face du gouvernement ne changent rien au fait que les mesures de relance budgétaire prévues – et non financées – aggraveront les déficits jumeaux du Royaume-Uni, qui atteignent des records depuis plusieurs décennies. Le déficit budgétaire a atteint 2,6 % du PIB au premier trimestre 2022 et la balance courante représente plus de 8 % du PIB. Le ratio dette/PIB (proche de 100 % du PIB) est supérieur de 11,8 points de pourcentage à la moyenne de l’UE.

Des mesures de relance budgétaire non financées devraient encore aggraver le déficit, faisant ainsi planer le spectre de difficultés de financement en cas d’absence de compensation pour les investisseurs étrangers, et ce en raison de la faiblesse du taux de change et de la remontée des taux d’intérêt. Le marché a réagi en conséquence et a vendu en masse des Gilts et la livre sterling.

Enfin, les tensions géopolitiques ont également accru la nervosité des marchés, quatre régions pro-russes de l’Ukraine ayant accepté par référendum de rejoindre le territoire russe. Les démocraties occidentales estiment que ces référendums n’ont aucune validité et qu’ils ne doivent en aucun cas justifier l’annexion de ces régions par la Russie.

Intervention des autorités chinoises

La répercussion de la volatilité mondiale sur le taux de change du renminbi a contraint la Banque populaire de Chine (PBoC) à intervenir pour empêcher une chute incontrôlée de la devise, qui perd environ 8 % par rapport au dollar américain depuis le début de l’année.

Après la déclaration la semaine dernière avertissant les spéculateurs de ne pas « parier sur une appréciation ou une dépréciation unilatérale du renminbi », la PBoC a relevé le ratio de réserve de risque de change des banques onshore pour les opérations de change à terme de 0 à 20 %. L’augmentation de ce ratio augmente les coûts de transaction des achats à terme de devises (principalement en dollars américains), ce qui réduit les pressions baissières sur le renminbi.

La PBoC a prévenu qu’elle interviendrait à nouveau si les conditions de marché continuaient à se dégrader. Les mesures potentielles sont :  

  • une augmentation supplémentaire du ratio de réserve de risque pour les opérations de change à terme
  • une réduction des réserves obligatoires pour les dépôts en devises auprès des banques commerciales (ce qui libèrerait davantage de dollars américains)
  • une augmentation des ventes directes de devises en puisant dans les réserves de la PBoC
  • un accompagnement des banques pour les ventes de devises
  • le recours au « facteur contra-cyclique » pour influencer le taux de change renminbi-USD.  

Les conséquences

Les marchés boursiers sont malmenés depuis le début de l’année en 2022. Le S&P 500 perd environ 25 %, sa pire performance depuis 20 ans. Cette correction est due à la hausse des rendements obligataires à long terme et à la détérioration des perspectives de bénéfices.

Les banques centrales sont obligées de maintenir une politique monétaire restrictive (c’est-à-dire des rendements élevés) pendant un certain temps pour ramener l’inflation vers son objectif. Cette politique monétaire va continuer à comprimer les multiples des marchés boursiers avant que l’inflation finisse par refluer.

La prime de risque des actions pourrait augmenter en raison du ralentissement de l’économie mondiale et de la diminution de l’appétit pour le risque. Une tendance qui, à son tour, comprimerait encore les multiples de marché.

Selon nous, les prévisions de bénéfices sont encore trop optimistes face au risque de ralentissement économique que les banques centrales sont en train d’orchestrer. Toute révision à la baisse des prévisions de bénéfices exercerait donc probablement de nouvelles pressions à la baisse sur les cours des actions.

Préparez-vous à une volatilité accrue sur les marchés boursiers.

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